Potosi, dans les entrailles de la montagne

Fraichement rentrés de notre aventure dans le désert d’ Uyuni, nous prenons aussitôt un bus direction la ville de Potosi ! Nous ne savons pas vraiment à quoi nous attendre avec cette ville. Certains disent qu’il n’y a rien à y faire, d’autres nous parlent de ville classée au patrimoine de l’humanité. Nous sommes de nature curieuse et décidons d’y aller ! Après quatre heures de bus, nous arrivons dans la ville de Potosi de nuit et nous mettons à la recherche d’un petit hôtel. C’est complétement désert mais la ville semble absolument charmante. Une pizza après, nous sommes déjà au lit !

Uyuni-Potosi :
Prendre un bus depuis la rue principale d’ Uyuni direction Potosi. Il y en a très régulièrement pour cette destination. Cela nous a coûté 40 bolivianos par personne soit 5 euros.
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Hostal de la Compania de Jesus :
Un très bon petit hôtel pour pas très cher au cœur du centre historique de Potosi. Comptez sur un prix de 120 bolivianos par nuit petit déjeuner compris en chambre matrimoniale

Une bien belle découverte

Le soleil brille sur Potosi et même s’il fait un froid de canard c’est très agréable d’observer ce grand ciel bleu ! Nous sommes à 4 070 mètres d’altitude, ce qui en fait une des villes les plus hautes du monde. La partie historique de la ville ou vieille ville est classée au patrimoine mondial de l’ UNESCO et nous comprenons vite pourquoi. Même si on fait vite le tour de celle-ci, elle a un charme immense. Architecture coloniale extrêmement bien préservée, églises et couvents magnifiques, ruelles et rues colorées de bleu, jaune, rouge et enfin une place principale majestueuse ornée d’un obélisque.

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La ville semble plutôt prospère, elle invite au repos et à la promenade sans but précis, ce que nous adorons par dessus tout !

Drôle de spectacle sur la place principale lorsque nous voyons étalées au sol les saisies de drogues de la police locale. Il s’agit là d’une sensibilisation aux dangers de la prise de drogue et de son trafic. Paquets de marijuana, cocaïne sont ainsi disposés derrière des barrières et protégés par des gardes. Un discours s’apprête à être donné sur le sujet. On trouve la manière assez originale et plutôt facile à garder en mémoire.

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Toujours ces belles couleurs , ces jolis lieux de culte et cette ambiance apaisée. Pourtant c’est un autre aspect de la ville bien plus rude que nous allons découvrir lors de notre prochaine visite.

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Potosi, les mines du Cerro Rico

La ville de Potosi a été fondée en 1545 après la découverte du Cerro Rico, cette montagne à moins de 15 minutes de la ville qui abrite encore aujourd’hui de gigantesques mines à l’origine d’ argent. Avec la découverte de quantités astronomiques de ce métal précieux dans les entrailles de la montagne, la ville de Potosi fut la plus peuplée d’ Amérique entre le XVI et le XVII ème siècle cela prenant en compte la population qui ne sortait même pas des mines et qui y travaillait 7 jours sur 7. Nous comprenons mieux alors la richesse de cette ville, le témoignage de son passé glorieux basé pourtant sur un des boulots les plus ingrats et les plus dangereux au monde. Plus de 30 000 tonnes d’argent furent extraites de ces mines et envoyées directement en Europe à l’époque coloniale. Au prix de combien de vies ? Nous ne le savons pas mais vu les conditions de travail cela doit être énorme.

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La mine est toujours exploitée et c’est encore un des plus gros employeurs de la région. L’exploitation de cette mine est très mal encadrée et Potosi a rejoint depuis 2014 la liste des villes classées au Patrimoine Mondial en Péril du à la dégradation potentielle du site à cause de l’exploitation minière non -encadrée par le gouvernement. La mine est gérée par des coopératives ce qui laisse un très grande liberté aux mineurs. Le travail dans la mine est délimité par secteur. Une équipe composée d’un chef, d’un sous chef et de petites mains présentes en fin de semaine pour pousser les chariots à l’extérieur règnent sur une petite partie de la mine qu’ils exploitent jusqu’à ne plus rien y trouver.

En ce qui concerne les salaires, ils sont plutôt élevés par rapport à la moyenne bolivienne. L’aide gagnerait jusqu’à 150 bolivianos par jour de travail tandis que le chef et le sous-chef gagneraient les bénéfices hebdomadaires de leur travail moins l’achat du matériel et moins les 30 % de taxes qu’il faut payer à la coopérative. Cela leur laisserait à la fin pour une semaine correcte 1000 bolivianos par personne ce qui est énorme quand on sait que le salaire minimum mensuel bolivien est de 1440 bolivianos. Bref, être mineur rapporte pas mal mais à quel prix ?

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Nous décidons de visiter ces fameuses mines. Autrefois extrêmement riches en argent, elles sont aujourd’hui beaucoup plus pauvres et on trouve principalement de l’étain et du zinc. Déjà au XIX ème siècle, les filons d’argent se faisaient plus rares. Pourtant il y a encore beaucoup de monde dans ces mines. Après être passés au marché des mineurs pour acheter des « cadeaux » à ceux-ci, nous nous équipons de la tête au pieds afin d’être prêts à entrer dans la mine. Bouteilles de soda, feuilles de coca, gants sont les principaux présents que nous emmenons dans la mine. Même si nous ne sommes pas convaincus par la technique très poussive pour leur acheter des choses nous le faisons quand même car c’est la tradition parait-il !

Habillés de beaux pantalons bleus, d’un gilet jaune, d’un casque, d’une lampe frontale et de bottes en caoutchouc, notre guide nous fait entrer à la queue leu-leu dans la grotte. Dès le début on patauge dans la gadoue. L’eau du sous-sol remonte et cela fait une vraie marre aux canards (sans les canards). Chouette, j’ai (Cécile) les bottes trouées ! Dès le début on se trouve plongés dans le noir, ce n’est pas très engageant. C’est assez étroit, plutôt bas de plafond et par endroit il faut carrément se mettre à quatre pattes.

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Plus on avance et plus il fait chaud. La température peut atteindre les 40 degrés dans la mine alors que dehors on peine à atteindre les 5 degrés. Il y a des passages vraiment difficiles et on manque d’oxygène lorsque de la poussière se lève. Notre guide nous dit qu’encore ce n’est rien comparé aux après-midi ou aux jours de grande affluences lorsque les chariots passent à toute vitesse et qu’une poussière opaque envahi la mine. C’est déjà irrespirable, on a comme un gout de ferraille dans la bouche. Sacrées mines, sacrées vies…

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La guide nous arrête et nous fait assoir devant la statue du Tio, une figure démoniaque censée protéger les travailleurs de la mine. Pourquoi avoir mis une figure démoniaque pour protéger ? Elle nous explique que c’est parce que les démons vivent sous-terre et que les figures saintes vivent en haut. El Tio est vraiment très impressionnant et il est bardé d’un nombre incalculable d’offrandes dont un squelette de fœtus de lama. On le remercie surtout de rendre fertile Pachamama, la déesse terre, figure de la cosmogonie andine et de permettre à cette montagne de continuer à produire de la richesse.

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Il existe un rituel que chaque travailleur doit faire avant de commencer sa journée. El Tio doit toujours être en train de fumer. S’il n’a pas une cigarette en train de se consumer dans sa bouche, cela peut-être le signe d’une mauvaise journée ou pire, d’un accident. Notre guide allume un premier cigarillo, en prend une taffe et le met dans la bouche du Tio. Puis elle sort de son sac une petite bouteille en plastique qui contient de l’alcool à 96°.

D’abord elle arrose le Tio en n’oubliant pas ses parties intimes toujours pour la même volonté d’une mine abondante et fertile. Puis elle en boit une bonne gorgée. De l’alcool à 96 ° ! Ce degré d’alcool n’existe même pas chez nous ! Elle nous explique qu’il faut donner au Tio l’alcool le plus pur pour qu’en retour il donne aux mineurs l’argent le plus pur. Et bien sur, elle fait tourner la bouteille et chacun à le droit  à un petite rasade de cet alcool immonde. Ivre dans la mine ? Impossible nous dit-elle ! Apparemment dans les mines l’alcool s’évapore ! Allons bon !

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On s’enfonce encore plus dans la mine. C’est lundi matin et nous ne croisons pas beaucoup de mineurs. A ce qui parait cela est plutôt normal car il se remettent gentiment des cuites du week-end. Ça devient de plus en plus bas de plafond et on se retrouve très souvent sur les genoux. Nombre de poutres qui soutiennent les parois sont bien endommagées… rassurant ! On va à la recherche d’un mineur : « Don Mario ? Donde estas?  » Pas de réponse, il est pourtant censé être dans la mine. Peut-être n’a-t-il pas envie de voir des touristes aujourd’hui. Pourtant on a les bras chargés de cadeaux !

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Soufre, stalactites de fer et d’une autre substance qui donne une couleur verte absolument incroyable : cet endroit est surréaliste. Effrayant et ultra dangereux mais vraiment unique à voir. On se sent vraiment vulnérables ici, à la merci des éléments. Pachamama, soit avec nous !

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Nous rencontrons enfin deux mineurs, sans leurs équipes et à différents endroits. Quand nous les questionnons sur leurs horaires, ils disent ne pas savoir et répondent : « quand le travail sera terminé ». C’est un travail de dingue. L’un d’entre-eux pourtant pas vieux travaille ici depuis déjà 26 ans. Il est devenu chef et travaille ici tous les jours. Pour l’anecdote, les travailleurs ne mangent jamais dans la mine. Ils prennent le matin très tôt leur petit-déjeuner et déjeuner en même temps et attendent de sortir pour se restaurer à nouveau. Pour patienter, ils mâchent la feuille de coca.

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On reste deux heures là-dedans et on suffoque déjà alors s’imaginer rester une journée entière c’est carrément dingue. Leur travail est impressionnant, tellement dangereux, tellement hors normes. Mineur, ce métier auquel on ne pense pas, ce métier qui tue encore chaque année des milliers de gens ici en Amérique du Sud mais aussi dans beaucoup d’autres pays du monde comme en Afrique où l’on n’hésite pas à envoyer des enfants là- dessous. Titiller les entrailles de la terre pour en extraire le précieux, il faut bien être un Homme pour succomber à cette folie !

L’un d’entre-eux est entrain de préparer la roche pour une explosion. Il est sur un filon et compte bien en extraire tout ce qu’il peut. Ses bâtons de dynamite sont prêts et les trous pour les accueillir dans la roche déjà creusés. Il enfonce alors les bâtons en tapant dessus et installe ensuite les détonateurs. Les yeux écarquillés nous le voyons faire ce manège pour lui complétement anodin et qui nous parait extrêmement dangereux ! On imagine une étincelle, n’importe quoi qui pourrait faire exploser cette dynamite à un moment inopportun.

C’est un travail de fou. Au moment des explosions, les mineurs doivent se tenir au minimum à 30 mètres des lieux. Nous n’évoquons pas les accidents avec eux par pudeur mais imaginons aisément qu’ils ont du connaitre la mort accidentelle de certains de leurs compagnons de travail.

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A l’époque faste de la mine, des centaines d’indiens travaillaient dans ces tunnels jours et nuits pendant des semaines entières sans voir la lumière du jour. Ils travaillaient, mangeaient, dormaient et faisaient leurs besoins dans les mines jusqu’à enfin pouvoir en sortir, s’ils n’étaient pas déjà mourants à cause de problèmes pulmonaires ou morts à cause d’un effondrement. Et cela pouvait durer six mois d’affilée. Cette ruée vers l’argent, poussant hommes d’hier et d’aujourd’hui à travailler dans des conditions extrêmes et à s’ engouffrer chaque jour dans ce qui s’apparente clairement à un enfer nous parait totalement ahurissante. A cause du poids des sacs qu’ils portent sur le dos et qui peuvent faire jusqu’à 40 kilos, des gazs toxiques comme l’arsenic, du manque d’oxygène et de la poussière composée en grande partie de silice, particule très nocive pour l’homme, les mineurs du Cerro Rico ont un espérance de vie de 45 ans.

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Tour dans la mine du Cerro Rico :
Nous avons booké ce tour de deux heures auprès de notre hôtel à Potosi pour 80 bolivianos par personne soit 10,50 euros. Nous vous recommandons vraiment de passer par eux car nous ne voulions ni sensationnel, ni expérience trop longue dans la mine, ni groupe trop grand et nous avons été servi. C’est vraiment une expérience à vivre aussi étrange soit-elle si vous vous trouvez à Potosi

Départ pour Sucre

Après avoir partagé un bon repas avec les deux français Claire et Rudolphe rencontrés pendant le tour de la mine, nous décidons de partir directement en direction de Sucre. Le temps de nous dire au revoir, de récupérer nos sacs et de foncer à la gare routière et hop nous sommes déjà dans un bus !

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16 réflexions sur “Potosi, dans les entrailles de la montagne

    1. Coucou ! Et merci 🙂 L’expérience en direct en effet n’a pas de prix et c’est cette ambiance tellement étouffante, cette odeur âpre et cette étroitesse des lieux qui est vraiment dingue ! On s’en souviendra longtemps !

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  1. Hola et OUF la « mangeuse d’hommes » et de femmes sans doute ne vous a pas dévoré.
    J’y suis début juillet pour les enfants de mineurs avec Mission Potosi de France pour PACHA, amour et sac à dos, je ferai la découverte introspective de ce site extraordinaire.
    Super comme toujours les photos et les commentaires, envoyez-moi du « Sucre »pour mon café,
    Hasta muy pronto…
    Brigitte anasillage

    Aimé par 1 personne

    1. Holà Brigitte ! Nous nous en sommes sortis ouf ! Sacrée aventure tout de même 🙂 C’est un site en effet parfaitement en adéquation avec votre beau projet ! On vous envoie du Sucre par container alors !
      A très vite :)))

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