Rites funéraires Hindous, un autre regard sur la mort

Pendant notre promenade jusqu’au monastère de Jangchub Choeling nous avons assisté à une scène à laquelle nous ne nous attendions pas. Au loin sur les bords de la rivière Séti, nous apercevons une couleur vive, en se rapprochant nous comprenons qu’il s’agit d’un corps sous un linceul orange disposé sur la rive. Nous nous asseyons, spectateur d’une cérémonie de crémation aux yeux de tous qui ne fait écho à aucune de nos traditions occidentales. De loin nous regardons curieux. Les hindous, trouvent normal le fait de s’intéresser à leur culture même lorsqu’il s’agit de la mort.

Plus tard, en nous rendant au temple de Pashupatinath à Katmandou, nous observerons aussi cette même cérémonie funéraire, qui ne se limitera pas à un seul corps mais à des dizaines prêts à être incinérés.

La mort chez les hindous a une connotation bien particulière. Les hindouistes croient en la vie après la mort, le corps n’étant qu’une enveloppe temporaire. La mort permet de se libérer de l’état actuel pour atteindre un état meilleur, elle n’a pas cet aspect dramatique qu’on lui accorde en occident.

« Lorsque survient le moment de quitter la vie, il est dit que toutes les facultés d’action et de sensations se replient dans le mental (manas), puis le mental se replie dans le souffle (prana) puis le souffle dans l’âme individuelle ou Jivatman et enfin cette dernière retourne au Brahman et atteint la libération ou moksha

Cependant, si son karma a accumulé le fruit de trop d’actes négatifs (les mauvaises actions), l’âtman s’incarne dans un nouveau corps sur une planète comme la terre (ou inférieure qui compose l’enfer), afin d’y subir le poids de ses mauvaises actions. Si son karma est positif, il ira vivre comme un dieu ou deva, sur l’une des planètes célestes (supérieures à la terre, ou paradis). Une fois épuisé son karma, l’âme retournera sur terre dans un autre corps au sein d’une caste.
Ce cycle est appelé samsâra. Pour briser ce cycle perpétuel, l’hindou doit vivre de manière à ce que son karma ne soit ni négatif, ni positif, selon ce verset de la Bhagavad-Gîtâ (II.11) : « Tu t’apitoies là ou la pitié n’a que faire, et tu prétends parler raison. Mais les sages ne s’apitoient ni sur qui meurt, ni sur qui vit. »  Au moment de la mort l’esprit est séparé du corps. Le non-initié sera alors pris d’une irrésistible envie d’en retrouver un, ce qu’il fera. Par contre, l’initié saura trouver la porte de la libération. »

La Mort en Hindouisme, blog Francesca Esprit Channeling

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Crémation sur la rivière Séti au nord de Pokhara, Népal

La crémation permet de libérer l’âme des morts mais tous ne peuvent pas être incinérés. Les malades, les jeunes enfants, les victimes de meurtres ou d’accidents n’ont pas le droit au bûcher et sont directement remis au fleuve car leur mort brutale ne peut être due qu’à un mauvais Karma selon les croyances hindouistes.

La crémation est très codifiée, le linceul Orange de cette cérémonie nous indique qu’il s’agit du décès d’une personne âgée. L’homme le plus proche du défunt, certainement le fils ainé, en dothi blanc se fait raser la tête et ne gardera qu’une mèche à l’arrière du crane.

Pendant ce temps le bcher est préparé et tous les vêtements du défunt sont retirés puis jetés à la rivière. Il faut que le feu puisse durer 6h pour assurer la combustion complète du corps, ce qui nécessite une grande quantité de bois. Le corps y est placé puis recouvert de bois avant que son linceul ne soit aussi retiré et remis à la rivière. C’est ensuite au fils que revient la tâche d’allumer le feu.

« Aucun ne pleure, aucun n’est triste, aucun ne se préoccupe d’attiser le feu : tout le monde semble simplement attendre que le bûcher s’éteigne, sans impatience, sans le moindre sentiment de douleur, ou de peine, ou de curiosité… »

L’odeur de l’Inde, Pier Paolo Pasolini

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Pashupatinath, au nord est de Katmandou,  cité sacrée au bord de la rivière Bagmati

La découverte de Pashupatinath  a fini de nous convaincre de la trivialité de la mort dans la culture hindoue. Des dizaines de bûchers sont alignés le long de la rivière sacrée et se consument tout au long de la journée.

A la fin de la crémation, place nette est faite et les restes non consumés sont jetés à la rivière.

La scène est fascinante mais un peu brutale pour nous occidentaux. Nous retiendrons à jamais cette proximité de la mort et sa banalité, ainsi que son odeur si particulière.

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Pour en savoir plus sur le rituel de crémation Hindou : La mort en Inde

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